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Le loup va-t-il disparaître de France ? Son statut d'espèce protégée est menacé. ?

 

Le plus récent "Plan Loup 2013-2017" du gouvernement est loin de faire l'unanimité dans le camp des protecteurs des canidés. Ils se battent pour une meilleure cohabitation entre les loups et les hommes. C'est aussi ce que souhaite Muriel Fusi, juriste. Elle s'explique

Le loup, qui occupait 90% du territoire au XVIIIème siècle, a totalement disparu de France en tant qu’espèce reproductrice entre 1930 et 1936. Après plus d’un demi-siècle d’absence, un couple de loups venu d’Italie est aperçu en France en 1992 dans la zone centrale du parc du Mercantour (Alpes-Maritimes). La lente recolonisation par le canidé de l’est du territoire français, puis du massif central et des Pyrénées, était amorcée.

 Aujourd’hui la population de loups, venus spontanément d’Espagne et d’Italie, est évaluée à 250 individus. Ce qui n’est pas sans susciter des heurts avec les éleveurs, mais la protection de l’espèce reste en tout état de cause une obligation juridique et politique pour la France.

Le pays est en effet signataire de la convention de Berne ratifiée par la France le 31 décembre 1989, et lié par la "Directive Habitats" qui donna au loup le statut "d’espèce d’intérêt communautaire prioritaire" devant être protégée (transposée aux articles L.411-1 ; L.411-2 ; R.411-1 à 14 du code de l’environnement).

 

Stop à l'abattage des loups 

 Ces instruments communautaires et internationaux, s’ils établissent la protection de l’espèce "canis lupus", admettent des possibilités d’intervention que l’État français utilise plus que largement pour autoriser des tirs dans le cadre du Plan loup. Ainsi le récent Plan Loup 2013-2017(dénoncé par les défenseurs de la nature) a doublé le maximum de loups abattables par rapport au précédent en le portant à 24 loups, chiffre qui représente tout de même 10% de la population de loups estimée en France.

 Protéger l’espèce ne signifie donc pas sauvegarder tous les individus de cette espèce, c’est le moins que l’on puisse dire. Or plus le loup progresse en France et plus les autorités préfectorales tendent à abuser de la latitude que leur offrent les textes.

 

Ainsi au 9 décembre 2013, presque 400 tirs de loups avaient été ordonnés en France dont une quarantaine de tirs de prélèvement, et plus de 350 tirs de défense, sur une population estimée à 250 individus seulement.

 Les associations de protection de la nature (ASPAS, LPO, FERUS, FNE etc), ont donc pris l’habitude d’attaquer ces arrêtés autorisant l’abattage des loups pour faire respecter le droit (le même phénomène existe avec les chasses illégales aux requins). Mais entre l’entrée en vigueur de ces arrêtés illégaux et leur suspension, des loups sont bien souvent abattus. On déplore particulièrement la mort de femelles allaitantes dont les petits meurent de faim.

 

Une crise de tirs qui atteint les politiques 

Les tirs de prélèvement sont accusés d’être inefficaces si les troupeaux restent sans protection, voire même contre-productifs, puisque ne visant pas à défendre les troupeaux mais à réduire les effectifs. Ces tirs sont en fait non sélectifs, et lorsqu’ils touchent un loup alpha, sa mort déstructure la meute, engendre la dispersion des loups et finalement l’augmentation des attaques.

 Mais ces centaines d’autorisations de tirs n’ont pas suffi à calmer la grogne des anti-loups. Alors fin septembre 2013, une circulaire du ministère de l’Ecologie est venue autoriser les battues promises par le ministère de l’agriculture aux éleveurs. 

 Puis en décembre 2013, lors de l’examen du projet de loi intitulé "Agriculture : avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt", un amendement a été déposé pour contourner les décisions récentes des tribunaux administratifs qui invalident certaines décisions préfectorales de destruction de loups qui "ouvraient" aux chasseurs la possibilité de tirer le loup en battue.

 Le retour des battues est vécu comme une véritable régression par les défenseurs de la nature, en plus d’être en contradiction avec les engagements internationaux de la France et avec les règles qu’elle s’est elle-même fixées dans le "Plan Loup" et les arrêtés interministériels des 15 et 16 mai 2013. Une plainte a d’ailleurs été déposée pour "destruction d’espèce protégée en bande organisée".

 

Les loups : première victime  

 Face à ces menaces qui se multiplient, les associations soulignent que la sauvegarde du loup n’est pas encore assurée en France (l’espèce est classée "vulnérable" sur la liste rouge de l’UICN) et qu’avant d’envisager toute mesure de tir d’un loup, il faut revoir le mode de pastoralisme : la moitié des attaques a lieu dans les Alpes-Maritimes, qui ne compte qu’une petite minorité des ovins présents dans l’aire de répartition du loup en France. Mais où des troupeaux, immenses et mal gardés, pâturent dans de vastes terrains escarpés et broussailleux. Ce qui constitue  des conditions très favorables aux attaques.

Et surtout, il faut protéger les troupeaux : d’après une étude DDAF 2004 citée par la FNE, en Savoie 72% des brebis, dont la mort est attribuée aux loups, sont issues de troupeaux non protégés. 4% seulement sont issues de troupeaux bien protégés.

 

Un avis que ne partagent pas les éleveurs, qui ne savent plus faire face à la prédation du loup. Car après 60 ans d’absence, les troupeaux ne sont plus gardés. Mais ce qui a été oublié peut être réappris. L’ASPAS et FERUS rappellent d’ailleurs qu’en Italie (1.000 loups) et en Espagne (3.000 loups), les troupeaux sont protégés efficacement. Ce qui fonctionne pour des milliers de loups doit donc pouvoir fonctionner pour les 250 loups français.

 

Des mesures pour protéger les troupeaux ... et les loups 

 On sait par exemple que les causes principales des attaques sont l’absence de parcage nocturne des troupeaux (90% des attaques), l’absence de gardiennage, l’absence de chiens de protection et l’effectif des troupeaux (les gros troupeaux sont les plus d’attaqués).

 Sachant cela, dès le retour des loups en France, des mesures de protection du cheptel domestique, ovin et caprin, ont été proposées aux éleveurs par des programmes européens et nationaux. Ces mesures sont prises en charge au moins à 80% au travers d’aides au gardiennage (embauche d’un aide-berger), au regroupement nocturne du troupeau dans des parcs électrifiés, à l’achat et à l’entretien de chiens de protection.

 De plus, l’Etat ne fait pas que financer l’achat et l’installation de clôtures électriques, il indemnise également toutes les victimes de prédation pour lesquelles la responsabilité du loup n’est pas exclue.

 Néanmoins, l’impact du loup sur le cheptel domestique ne doit pas être surestimé. Le loup ne représente qu’une infime proportion de la mortalité des troupeaux (4.913 bêtes tuées en 2011, d’après le "Plan Loup" 2013-2017 p.8) et les pertes liées aux loups restent faibles en comparaison des 400.000 à 500.000 brebis de réforme que les éleveurs envoient à l’équarrissage pour diverses raisons, dont la maladie, et des 100.000 moutons et chèvres victimes de chiens divagants.

 

Les Français sont attachés aux loups 

 En dépit des alternatives et des aides de l’Etat, certains éleveurs et chasseurs seront toujours convaincus que la cohabitation est impossible et qu’il faut tuer les loups jusqu’au dernier. Ils sont encouragés dans cette idée par des élus démagogues et des syndicats pour lesquels le loup a bon dos.

Le loup "bouc-émissaire" fait oublier que les pouvoirs publics paraissent impuissants face aux problèmes que rencontre la filière. Les éleveurs souffrent de la concurrence internationale et de la baisse du cours de la viande depuis des années. Des problèmes qui existeraient de toute façon sans le retour du loup en France.

 

A l’heure où les élevages de montagne ne survivent que grâce aux subventions publiques, les souhaits des contribuables, qui participent ainsi à l’essentiel de leurs revenus, doivent être pris en compte. Justement, un sondage Ifop publié en septembre dernier a révélé que 80% des Français sont attachés aux loups et ne veulent pas qu’ils disparaissent. Ils estiment que le loup fait partie du patrimoine naturel de notre pays et qu’il doit pouvoir y vivre libre. Cette majorité silencieuse doit sortir de son mutisme avant qu’il ne soit trop tard, ce qu’elle fait encore trop timidement.

 Aujourd’hui, alors que le statut d’espèce protégée du loup est menacé, il faut espérer que François Hollande qui vient d’engager la France dans la lutte contre le braconnage en Afrique, entendra les attentes des Français en matière de biodiversité et sera capable de faire preuve d’autant de courage en interne qu’à l’international.

 

Sinon la France pourrait bien connaître une nouvelle extinction du loup.